Me voilà partie en quête d’inspiration, un lundi matin ensoleillé mais vivifiant.
J’ai mes habitudes dans ce café. Il se trouve être sur une place bénéficiant d’un essaim populaire. Oui, un essaim…
Au rythme effréné du temps qui passe, cette armée humaine se déplace telles des abeilles ayant perdu leurs reines. Rapides mais furtifs dans leurs démarches, présents mais préoccupés par leurs pensées, ils ne me voient pas les observer…
Je commande un café, certainement le cinquième de ma journée. Il n’est pourtant que 9 h 30 du matin. Mais pour moi, il s’agit du point le plus culminant m’apportant de la créativité.
Cet horaire est un « éveil » commun. Peut-être s’agit-il d’une énergie subtile que chacun transporte… Bref, je la ressens et elle me porte.
Chaque jour je me pose cette question : que vais-je voir de mes yeux qui me donneront l’effet miroir de mes pensées ?
Ce lundi matin j’ai pu constater que mes songes se trouvaient être endurcis.
Mon regard ne distinguait que des gens pressés, stressés, arborant un visage oppressé. Ils étaient tous si absorbés par leurs pensées. Vous savez, cette voix maléfique ne prenant jamais congé…
Accaparés par leurs vies virtuelles, ils ne voyaient rien de la scène. Scène au goût délicieux d’une brise matinale dans le sud de la France.
Peut-on blâmer cette inconscience ?
Non, bien sûr que non… Car si mon attention se focalisait sur cela, c’est qu’il s’agissait alors de mes propres adages !
Nous donnons tant d’importances au temps. Celui du passé empreint de leçon mais disparu à jamais, celui du futur si incertain nourri d’espoir… Et celui du présent, ou est-il ?
Le temps présent, tout simplement…
Mais ces Hommes et ces Femmes marchant vers un objectif, la montre scellée, arrimée à leur poignet, si prêt de leurs pouls, ont-ils d’autres choix ?
Peut-être oui… Peut-être que dix minutes de marche dans l’inconscience totale, terrorisés par le mental et identique en termes de temps que dix minutes en pleine conscience de ce qui nous entoure.
Buvant une gorgée de café, je me dis qu’il était bien doux de comprendre que nous avions le choix et que cela ne ralentirait en rien la cadence de nos journées, mais au contraire, cela pouvait la rendre plus vaste et plus colorée.
Posant ma cuillère sur la table tout en me demandant comment je pourrais l’expliquer à cet homme devant moi marchant si vite et si loin de cette vérité, – Non pas pour me lever et lui enseigner, mais bien pour me l’enseigner à moi-même ! – je vis une jeune femme traversant la place, paisible, tranquille…
C’est là que je compris !
Elle diffusait un parfum céleste et se déplaçait avec une volupté incroyable. Un chignon entortillé, un jeans et un pull.
Une chose la différenciait des autres passants : son appareil photo dans la main droite, légèrement posé sur son épaule.
Ses yeux se baladaient vers les cieux, ils ne raflaient pas le bitume…
Elle regardait des oiseaux s’envoler avec calme et fixait par moments, l’architecture si prononcée de cette place.
Elle observait les personnes pensant à ses côtés, oui… pensant. Chaque visage… Chaque sourire… Chaque état d’Âme ! Elle était hors du temps !
Quand tout à coup, je la vis attraper un moment…
Une photo, un sentiment, un moment présent si simple et à la fois si fort…
Le visage d’une petite fille si pur de l’enfant, regardant un musicien de rue, avec le regard empli de merveilles. Personne n’y avait fait attention, personne ne l’avait vu…
Mais la photographe n’était pas perdue dans le temps. Elle était là, cherchant l’instant présent… Celui qu’on ne voit pas, celui qui nous transcende, celui qui arrête nos horloges, celui qui est si simple.
En payant mon café je me suis aperçue que je venais d’apprendre une très belle leçon de vie.
L’instant présent si bon vendeur par « les temps qui courent », est-il si facilement palpable ? Visible ?
La grâce de la photographe venait de me montrer une voie, un chemin, une méthode permettant d’y accéder. Nul de besoin de long discours…
Si vous souhaitez approcher ce moment hors du temps, le seul véritable existant, regardez le monde autour de vous comme la photographe, qui ce lundi matin était en quête d’instant présent.
Jab
